Tribune parue dans La Croix le 20 août 2026. Lire l’article sur le site du média.
Alors que la décision d’investissement sur les six EPR2 doit intervenir avant fin 2026, aucun chiffrage public de l’aide d’État n’a été dévoilé, contrairement aux énergies renouvelables, dénonce Stéphane His, président d’Énergies renouvelables pour tous.
Des associations hostiles aux énergies renouvelables, relayées à droite et à l’extrême droite, multiplient les recours contre la feuille de route énergétique de la France validée en début d’année. Elles réclament la transparence sur chaque euro versé à l’éolien et au solaire.
Curieusement, elles n’exigent rien de tel des six EPR2, dont la décision d’investissement doit arriver en décembre 2026 et qui mobiliseront au moins trois fois plus d’argent public. La neutralité technologique dont le gouvernement se réclame à Bruxelles pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre commence par l’égalité devant la dépense publique.
Succession de recours contre la programmation énergétique
Depuis sa validation en février dernier, le décret fixant la feuille de route énergétique de la France jusqu’en 2035 a fait l’objet d’au moins six recours en annulation devant le Conseil d’État, portés par les fédérations anti-éoliennes historiques, des associations de contribuables et des cercles de réflexion pro-nucléaires.
S’y ajoutent une lettre demandant aux préfets de suspendre l’éolien et le solaire, un recours contre l’appel d’offres éolien en mer lui-même, une demande de suspension au nom de la biodiversité, une mise en demeure de l’Agence de la transition écologique et une plainte à Bruxelles. Une dizaine d’actions en quelques mois contre un seul et même objet, le développement des énergies renouvelables.
Une guérilla juridique
Le dernier épisode de cette guérilla juridique revient à l’association anti-éolienne Fédération environnement durable, qui vient de saisir le Conseil d’État et la Cour des comptes au sujet des 63 milliards d’euros d’aide autorisés par la Commission européenne le 13 juillet pour l’appel d’offres éolien en mer récemment lancé par le gouvernement. Ce chiffre ne correspond pourtant à aucun budget.
C’est un plafond réglementaire, le montant maximal théorique sur vingt-cinq ans qu’un État est tenu de notifier à Bruxelles, calculé dans l’hypothèse la plus défavorable. Le gouvernement, lui, évalue le coût probable de cet appel d’offres entre 5 milliards et 10 milliards d’euros sur la même durée, une estimation qui gagnerait d’ailleurs à être davantage documentée.
Ce que révèle cette controverse est pourtant relativement sain. Un plafond public, un mécanisme de soutien connu, une estimation gouvernementale que chacun peut contester. Voilà à quoi ressemble un débat démocratique sur le coût d’un programme énergétique.
Montant de financement inconnu pour le nucléaire
La situation est tout autre pour le nouveau nucléaire. La même feuille de route consacre un chiffrage détaillé jusqu’en 2060 au soutien des énergies renouvelables, mais expédie le financement des six réacteurs EPR2 en dix lignes, sans aucune évaluation de l’aide publique, sur la base d’un devis d’EDF de 2021 que l’on sait aujourd’hui obsolète.
L’État anticipe pourtant bien les dépenses à venir, puisque le rapport sur les plafonds de dépenses du budget 2027, transmis au Parlement le 15 juillet, crée deux lignes budgétaires nouvelles destinées à soutenir le financement des EPR2 par la Caisse des dépôts, qui mobilisera le livret A pour couvrir 60 % du programme.
Aucun montant n’y figure. Quant au prix de vente garanti dont bénéficiera chaque réacteur, mécanisme équivalent à celui des énergies renouvelables, aucun ordre de grandeur n’en a été rendu public, alors qu’il peut être évalué à un niveau sans précédent pour ce type de soutien.
Des deux piliers de notre production d’électricité, les énergies renouvelables et le nucléaire, celui que l’on traîne devant les juges est donc le seul dont l’exposition budgétaire maximale soit publiée, chiffrée et discutable. Le second engagera le pays pour le siècle, sa décision formelle d’investissement doit intervenir avant la fin de l’année, et le contribuable ne saura toujours pas ce qu’il aura engagé.
Une transparence des coûts nécessaire
Pourtant la France réduit ses émissions de gaz à effet de serre trois fois plus lentement que ne l’exige sa propre trajectoire, et aucun scénario crédible ne lui permet de tenir ses engagements sans un déploiement massif d’électricité renouvelable. Nos importations de pétrole, de gaz et de charbon lui ont coûté 53 milliards d’euros en 2025 et demeurent le premier poste de son déficit commercial, quand les énergies renouvelables, produites localement à un coût de plus en plus compétitif, l’affranchissent peu à peu de cette dépendance.
Dans un contexte budgétaire particulièrement contraint, les débats sur le coût des moyens de réduire nos émissions et notre dépendance aux énergies fossiles sont parfaitement légitimes. Ils supposent seulement que les termes en soient publics pour toutes les technologies.
Il faut enfin dire d’où viennent ces attaques contre les énergies renouvelables. En juin 2025, l’Assemblée nationale a adopté un amendement du groupe Droite républicaine instaurant un moratoire sur tout nouveau projet éolien ou photovoltaïque, grâce aux voix du Rassemblement national, avant que l’ensemble du texte ne soit rejeté.
Le mois suivant, Les Républicains publiaient leur plan pour l’énergie, qui appelle à rebâtir un parc nucléaire et à stopper le financement des renouvelables. Le Rassemblement national, lui, inscrit le moratoire au programme présidentiel de Marine Le Pen depuis 2022. Ces deux formations se marquent à la culotte sur le rejet des énergies renouvelables.
Une guerre idéologique au détriment de l’intérêt général
Et l’on peut regretter que le débat en soit arrivé là, car un panneau solaire ou une éolienne est plutôt de droite, au sens où ces technologies mobilisent des capitaux privés et relèvent d’une logique entrepreneuriale, quand le nouveau nucléaire repose sur l’État, l’épargne réglementée et la garantie publique. La guérilla contentieuse de cette année ne fait que préparer le rendez-vous présidentiel.
Le prochain rendez-vous est le 30 septembre, date annoncée du dépôt du budget 2027. Nous saurons alors si l’État consent enfin à chiffrer le soutien qu’il apporte au nouveau nucléaire, comme il a dû le faire pour l’éolien en mer.
Exigeons la même transparence pour toutes les technologies énergétiques. Ceux qui ne la réclament que pour une seule ne défendent pas les finances publiques. Ils mènent une guerre idéologique au détriment de l’intérêt général. À quelques mois d’une élection présidentielle, le débat énergétique français mérite mieux que cela.
Stéphane His, président de l’association Énergies renouvelables pour tous.

