Tribune parue dans Les Échos le 31 octobre 2022. Lire l’article sur le site du média.
En mars 2021, l’Inspection générale des finances recommandait une évolution indispensable et radicale du label investissement socialement responsable, pour qu’il puisse garder une crédibilité sur le marché. On en est très loin aujourd’hui selon Olivia Blanchard et Stéphane His.
Les conclusions de l’Inspection générale des finances, remises à Bruno Le Maire qui avait demandé d’évaluer le label investissement socialement responsable en mars 2021, étaient sans ambiguïté. Même si le label est un signal de qualité qui vise à distinguer des placements dits responsables, il s’expose à une perte inéluctable de crédibilité et de pertinence, à moins qu’il n’évolue radicalement.
En réaction, Michèle Pappalardo a été nommée à la tête d’un comité du label investissement socialement responsable en remplacement de Nicole Notat. Elle avait pour mission de faire des propositions d’évolution du référentiel du label au ministre de l’Économie. Dans une certaine indifférence, les premières recommandations ont été faites le 25 octobre.
Le pétrole, socialement responsable ?
À l’heure où l’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution sortent leur bilan annuel désespérant des engagements pris par le monde financier sur le pétrole et le gaz, le comité du label annonce trois axes d’évolution qui, en termes de radicalité, font sourire les professionnels de la finance de la place de Paris. Il s’agit d’abord de réaffirmer la nature généraliste du label en renforçant les exigences liées à l’approche best in class. Ensuite, de rendre systématique l’exigence de double matérialité et enfin d’intégrer systématiquement la dimension climat dans le socle du label.
Ce jargon de spécialiste veut par exemple dire qu’un investissement dans TotalEnergies, une des principales sociétés productrices d’énergies fossiles et émettrices de gaz à effet de serre dans le monde, peut être financé par un fonds labellisé. Ceci pour peu que l’entreprise ait une meilleure note environnementale, sociale et de gouvernance que ses principaux concurrents.
Mais la production de pétrole est-elle vraiment qualifiable de socialement responsable pour peu qu’elle soit réalisée avec une bonne gouvernance ? Ce débat est-il encore réel dans le monde des investisseurs engagés pour une finance responsable ?
Enfoncer une porte ouverte
Rendre systématique la double matérialité implique que les investissements qui se réclament du label rendent publiques des informations financières et non financières sur les impacts des investissements réalisés. Mais n’est-ce pas le minimum que l’on puisse demander à un fonds qui se revendique durable ?
En quoi cela apporte-t-il un cadre d’exigence supplémentaire dans un contexte européen qui exige déjà des entreprises et des investisseurs une transparence de plus en plus importante ? On enfonce une porte ouverte.
Enfin, pour l’intégration de la dimension climat au label, Michèle Pappalardo s’est finalement résolue, après mobilisation d’un nombre important d’organisations non gouvernementales et d’acteurs financiers, à proposer une exclusion, a minima pour le charbon et les énergies fossiles non conventionnelles.
Rien ne change pour l’ISR
Alors que le changement climatique s’accélère, qu’António Guterres vient d’annoncer que l’on court à la catastrophe, que l’Agence internationale de l’énergie, dans le dernier exercice de prospective énergétique tout juste publié, le World Energy Outlook 2022, indique un pic de consommation d’énergie fossile dans les dix ans à venir, bref à l’heure où tout change et doit encore plus changer, rien ne change pour le label investissement socialement responsable.
L’Agence internationale de l’énergie l’a en effet bien montré, pour limiter la hausse de la température à la fin du siècle à 1,5 degré, il est nécessaire d’arrêter le développement de tout nouveau projet d’énergies fossiles. La limite entre énergies fossiles conventionnelles et non conventionnelles est très floue et la différence d’impact sur le climat de leur utilisation, complètement marginale.
Écoblanchiment
L’un des principaux objectifs de cette révision du label étant d’améliorer la transparence pour l’épargnant afin qu’il comprenne clairement où va son argent, continuer à faire une distinction entre le conventionnel et le non conventionnel revient à adopter une attitude caractérisée d’écoblanchiment.
Afin de tenir ses engagements, le comité du label doit entamer une évolution bien plus radicale comme préconisée par l’Inspection générale des finances. Ceci au risque d’être affiché comme le label roi de l’écoblanchiment. La place de Paris, capitale de la France où a été signé le fameux accord lors de la COP21, se doit d’être exemplaire tout particulièrement sur les questions climatiques. Il faut sortir de cette logique d’évolution à petits pas et définir clairement un objectif d’exclusion de toutes les énergies fossiles du label.
Olivia Blanchard, présidente et cofondatrice des Acteurs de la Finance Responsable, et Stéphane His, ambassadeur des Acteurs de la Finance Responsable.

