Tribune parue dans Le Monde le 2 novembre 2019. Lire l’article sur le site du média.
S’appuyant sur le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie, le spécialiste du climat Stéphane His explique que l’éolien maritime présente le bouquet énergétique décarboné le plus efficient.
Devenu l’un des marchés les plus dynamiques du secteur des énergies renouvelables, l’éolien en mer a vocation à devenir une technologie de référence dans le domaine énergétique. Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie souligne le potentiel quasi illimité d’un secteur porté par une croissance annuelle de près de 20 % et dont les coûts de production sont en chute. Un rapport justement présenté au Danemark, lieu de naissance de l’éolien en mer, qui a vocation à s’exporter loin de ses bases européennes.
À leurs débuts, les rares parcs d’éoliennes en mer n’étaient que des infrastructures isolées et peu nombreuses. À l’image du projet précurseur danois Vindeby, lancé en 1991 et constitué de onze turbines de 450 kilowatts à moins de 3 kilomètres des côtes, aptes à alimenter environ deux mille foyers. Démantelé en 2017 après vingt-cinq ans de service, Vindeby a marqué les esprits mais, depuis, l’éolien en mer a changé de dimension.
En 2019, General Electric a présenté Haliade-X, l’éolienne la plus puissante du monde, d’une capacité de 12 mégawatts, soit le double à elle seule de tout le projet Vindeby. Capable d’alimenter seize mille foyers, elle peut être installée à plus de 100 kilomètres des côtes, comme c’est déjà le cas en Allemagne ou en Angleterre, pour des puissances installées par projet qui peuvent dépasser le gigawatt. L’équivalent de la puissance d’un réacteur nucléaire, à même de fournir de l’électricité pour plus de 1 million d’habitants.
Réduction des coûts
L’évolution vers des éoliennes toujours plus puissantes a certainement été un levier clé pour permettre la réduction des coûts. Car les projets éoliens en mer ont enregistré une baisse spectaculaire du prix de l’électricité produite, qui est passée de 400 euros par mégawattheure à moins de 50 euros par mégawattheure dans les appels d’offres les plus récents en France et en Angleterre.
Mais il y a également deux autres leviers qui ont eu une influence majeure sur le secteur.
Tout d’abord la forte interaction entre les pouvoirs publics et le secteur privé, qui a permis à chacun des acteurs de gérer les risques importants liés à ces projets de manière optimale. C’est par exemple ce qui s’est passé dans certaines zones de la mer du Nord dans lesquelles l’État a pris à sa charge la réalisation des études de sols et de vents de manière à prévenir les risques en amont des projets d’appels d’offres, ce qui a permis au secteur privé de proposer des prix en toute connaissance de cause.
Le gain en maturité et la consolidation de l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur de l’éolien en mer ont également joué un rôle clé. En effet, plus de la moitié du coût d’investissement dans un projet en mer est hors éolienne, contrairement aux projets terrestres dans lesquels elle peut représenter plus de 80 % du capital investi.
Ainsi, il ne peut y avoir de projet à bas coût dans l’éolien en mer sans toute une chaîne de valeur consolidée et optimisée, production des fondations, navires spécialisés pour l’installation en mer des fondations, des câbles, de l’éolienne, de la sous-station pour l’évacuation du courant produit. C’est tout un écosystème qui se doit d’être organisé pour permettre une identification claire des risques et des responsabilités de chacun, assurant un financement aisé avec peu de fonds propres et un niveau important de dette.
La Chine en tête
L’éolien en mer est à même de fournir une électricité à bas coût, produite en masse, et à proximité des centres de consommation, les zones les plus peuplées étant souvent près des côtes, potentiellement accessible en Asie, en Amérique latine et même en Afrique.
L’Europe, pionnière du secteur, notamment grâce au Danemark, au Royaume-Uni et à l’Allemagne, dispose déjà du premier parc éolien du monde avec cent cinq parcs éoliens en mer, soit 4 543 éoliennes, répartis entre onze pays, d’une puissance cumulée de 18,5 gigawatts en opération. Une capacité qui devrait rapidement augmenter, au point de faire de l’éolien en mer la première source d’électricité du continent à l’horizon 2040. Un développement qui a suscité l’intérêt de nombreuses régions dans le monde.
La Chine est le pays qui compte le plus grand espace maritime susceptible d’être équipé d’éoliennes en mer. En 2018, Pékin était arrivé en tête des nouvelles implantations opérationnelles, avec des productions à hauteur de 1,7 gigawatt sur 5 gigawatts. La récente baisse des coûts des projets en Europe a stimulé la confiance dans le marché éolien en mer américain, qui présente aussi un fort potentiel de développement et devrait devenir un relais de croissance du secteur.
Afin d’accompagner la montée en compétences des pays en développement, la Banque mondiale a créé avec le Global Wind Energy Council un groupe de travail ad hoc de quinze pays hors Organisation de coopération et de développement économiques, dont la mission est de faire de l’éolien l’une des principales sources d’énergie du monde. À même de concurrencer directement les technologies de production d’électricité de masse traditionnelles, nucléaire, charbon, gaz, l’éolien en mer, qui ne manque pas d’atouts pour assurer la transition énergétique, est en passe de devenir l’une des plus importantes technologies de décarbonation du bouquet électrique mondial.
Stéphane His, expert climat à l’Agence française de développement.

