Tribune de Stéphane His parue dans Alternatives Économiques

L’irrésistible ascension de l’éolien et du solaire

Tribune parue dans Alternatives Économiques le 26 décembre 2025. Lire l’article sur le site du média.

Le regard négatif sur les énergies renouvelables est un tropisme français. Au-delà de l’Hexagone, leur boom n’est pas un sujet, mais des menaces se profilent, bulle spéculative, obstacles techniques, surproduction.

Amorcé il y a cinquante ans, le développement des énergies renouvelables s’est accéléré à l’échelle mondiale depuis les années 2000. Les deux stars incontestées de cette croissance sont l’éolien et le photovoltaïque, appelés à jouer un rôle central dans les politiques bas carbone des pays engagés dans l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris.

Ces deux technologies doivent leur succès à leur accessibilité et leur compétitivité. Dans le scénario le plus volontariste de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’Agence internationale de l’énergie, ces deux sources assureront à elles seules environ 40 % de la consommation mondiale d’énergie à l’horizon 2050, contre 2 % aujourd’hui.

D’ores et déjà, les énergies renouvelables sont en train de transformer en profondeur le secteur électrique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, elles devraient, toutes sources confondues, assurer 43 % de la production mondiale d’électricité d’ici à 2030, contre déjà 32 % en 2024, dépassant ainsi dès cette année ou l’an prochain le charbon.

En matière d’investissements, les énergies renouvelables devraient capter 830 milliards de dollars en 2025, éolien et solaire principalement, contre 570 milliards de dollars pour le secteur pétrolier amont, exploration et production, pour la première fois en baisse depuis 2020.

Le photovoltaïque plus compétitif

Alors que la communauté internationale s’était engagée lors de la COP28, organisée à Dubaï en 2023, à tripler la capacité renouvelable mondiale d’ici à 2030, la croissance actuelle reste toutefois insuffisante pour atteindre cet objectif. L’Agence internationale de l’énergie anticipe une multiplication de cette capacité par deux et demi seulement. C’est le paradoxe des énergies renouvelables, triomphantes sur le plan technologique et économique, mais plus incertaines sur le plan politique, notamment depuis la réélection de Donald Trump.

C’est l’énergie solaire qui assure désormais l’essentiel, au moins 70 %, de la croissance des renouvelables électriques. Cette dynamique est portée par la baisse continue des coûts, la rapidité des procédures et une acceptabilité sociale bien supérieure à celle de l’éolien. Le solaire photovoltaïque est désormais la source la plus compétitive pour produire de l’électricité dans plus de 130 pays.

Mais derrière ces succès se cache une dangereuse bulle spéculative. Pour assurer leur suprématie mondiale, les fabricants chinois n’ont pas fait que réaliser des gains technologiques. Ils ont aussi vendu à prix cassé. Leurs marges moyennes sont désormais négatives, pour près de 5 milliards de dollars de pertes cumulées. Alors que plus de 90 % des composants pour les panneaux photovoltaïques sont produits en Chine, des faillites se répercuteraient sur le rythme de déploiement d’installations photovoltaïques partout dans le monde.

L’éolien terrestre, malgré un potentiel considérable, est pour sa part en difficulté en raison de goulots d’étranglement des chaînes d’approvisionnement, de l’inflation et des longs délais d’obtention des permis de construire et des raccordements au réseau.

De même, l’éolien en mer rencontre des vents contraires. Les changements de politique aux États-Unis, les pressions macroéconomiques et les difficultés d’approvisionnement ont entraîné une hausse des coûts et une baisse de la rentabilité des projets sur plusieurs marchés européens et au Japon. Résultat, les appels d’offres publics manquent de candidats, comme récemment en France sur la zone d’Oléron.

La Chine reste le cœur battant des renouvelables mondiaux, elle assurera près de 60 % de leur croissance totale d’ici à 2030. Mais son modèle évolue. Pékin a mis fin en 2025 aux tarifs garantis pour adopter des enchères et des contrats pour différence. Ce virage vers une intégration marchande a provoqué un boom historique, près de 200 gigawatts de solaire installés en cinq mois, avant un ralentissement brutal. Le pays conserve une avance industrielle inégalée, mais fait face à de nouveaux défis, congestion du réseau, gestion de l’intermittence et surproduction de panneaux.

À l’échelon européen

Le Vieux Continent demeure un laboratoire de la transition, mais un laboratoire épuisé. Les États membres les plus performants, Allemagne, Espagne, Italie, Pologne, compensent à peine les lenteurs françaises et britanniques.

En France, les énergies renouvelables se retrouvent coincées entre un nucléaire tout-puissant et une consommation d’électricité atone. L’Union européenne n’atteindra probablement pas l’objectif de son plan REPowerEU. Les blocages persistent, lenteur des procédures, files d’attente pour le raccordement, incertitudes tarifaires et baisse du soutien aux particuliers dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.

De l’autre côté de l’Atlantique, le changement de politique est brutal. La fin anticipée des crédits d’impôt fédéraux, les restrictions sur les importations et la suspension des projets éoliens en mer ont freiné l’élan créé par l’Inflation Reduction Act de l’administration Biden. Les développeurs maintiennent cependant un certain niveau d’ambition, portés par la baisse des coûts et la demande croissante d’électricité du secteur privé, notamment de l’intelligence artificielle.

Si les renouvelables réduisent la dépendance aux combustibles fossiles, elles créent une dépendance technologique envers la Chine. Le reste du monde tente de diversifier, voire de localiser ou relocaliser ses chaînes de valeur, mais sans grand succès jusqu’ici.

Flexibilité indispensable

Avec le solaire et l’éolien qui atteindront 28 % de la production mondiale d’électricité en 2030, la question de leur intégration devient également un sujet crucial. Les heures à prix négatifs se multiplient, révélant un manque de flexibilité du système électrique.

Les solutions existent, stockage, effacement, pilotage de la demande, interconnexions, mais elles supposent des investissements massifs et une planification que peu de pays ont pour le moment mis en œuvre. Sans cette flexibilité, les gains de décarbonation risquent de se heurter à un mur technique.

Enfin, les usages thermiques et le transport restent les parents pauvres de la transition énergétique. Les renouvelables ne représenteront que 6 % de la consommation du secteur des transports en 2030 d’après l’Agence internationale de l’énergie, contre 4 % aujourd’hui, et 18 % pour la chaleur, contre 14 %.

Pour réduire l’usage des énergies fossiles, ces deux secteurs font encore largement appel à la biomasse solide, le bois, ou liquide, les biocarburants, dont les avantages environnementaux sont de plus en plus contestés. Les énergies renouvelables ne sont plus une promesse mais une réalité. Moins chères, plus rapides à construire, plus sobres en ressources, elles tiennent désormais tête aux fossiles comme au nucléaire.

L’ère de la dépendance aux subventions est révolue. Mais le succès des énergies renouvelables dérange. Parce qu’elles rebattent les cartes du pouvoir énergétique, elles sont attaquées. Pourtant, elles ne sont pas le problème, mais une des solutions majeures pour se rapprocher des objectifs de l’accord de Paris.

Stéphane His, consultant au cabinet Sustenuto, président d’Énergies renouvelables pour tous.

Retour à toutes les tribunes et publications

Retour en haut