Tribune de Stéphane His parue dans Les Échos

La France doit interdire l’exploration d’hydrocarbures

Tribune parue dans Les Échos le 1 août 2017. Lire l’article sur le site du média.

Dans une contribution parue le 19 juillet, Olivier Appert défendait l’exploration d’hydrocarbures. Stéphane His, expert en changement climatique, lui répond dans cette tribune.

L’annonce du projet d’interdiction d’exploration d’hydrocarbures en France, mesure phare du plan climat proposé par Nicolas Hulot pour amorcer l’inéluctable transition énergétique de la France, a provoqué de nombreuses réactions, dont celle d’Olivier Appert, ancien président de l’Institut français du pétrole, dans une contribution intitulée La France ne doit pas interdire l’exploration d’hydrocarbures.

Celui-ci estime que le pays se priverait d’une source potentielle de revenus, notamment dans ses territoires d’outre-mer, avec des gisements de pétrole prometteurs en Guyane, et d’un levier pour réduire le déficit de la balance commerciale, puisque la France importe largement son pétrole. Elle nuirait aussi à l’image de nos champions à dimension internationale tels que Total ou TechnipFMC.

C’est tout l’inverse, en réalité, qui se trouve en jeu. Renoncer à cette mesure priverait les grands groupes du secteur pétrolier d’un signal clair les encourageant à poursuivre leur propre transition énergétique, mais porterait surtout atteinte à la crédibilité du pays, dans sa capacité à mobiliser autour de l’accord de Paris sur le climat.

Un marché du pétrole morose

Dans le contexte pétrolier tel qu’il se profile à court terme, se lancer dans l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements ne fait même pas sens. Les cours du brut affichent leurs niveaux les plus bas depuis une dizaine d’années, à moins de 50 dollars le baril.

L’offre est trop abondante. Certains pays comme le Nigeria et la Libye surproduisent, tandis que le ralentissement de l’économie chinoise fait baisser la demande. Cette conjoncture morose incite les groupes pétroliers à réduire massivement leurs investissements, qui ont baissé de 34 % entre 2014 et 2016.

À moyen terme, la situation est-elle meilleure ? Une étude récente du Boston Consulting Group indique que la demande mondiale de pétrole pourrait connaître un pic entre 2025 et 2030 et ne faire que chuter ensuite. Rappelons que lors du contre-choc pétrolier de 1986, près de quatorze années se sont écoulées avant que des cours du brut plus élevés ne puissent à nouveau justifier des investissements importants.

À long terme, l’ensemble des actifs liés aux hydrocarbures est exposé au risque d’obsolescence ou de transition. De fait, l’accord de Paris, dont le G20 a acté le caractère irréversible, vise à limiter l’augmentation de la température à 2 degrés Celsius en 2100. Ce qui implique un basculement mondial à l’horizon 2050 vers un secteur énergétique à quasi zéro émission de gaz à effet de serre.

Autrement dit, près des deux tiers des ressources fossiles aujourd’hui connues dans le sous-sol devront y rester. Dans ces conditions, tout investissement dans les fossiles est exposé au risque de ne pouvoir être complètement amorti sur le long terme.

Pour avoir négligé ce risque, nombre d’opérateurs énergétiques en Europe ont déjà connu des dévaluations majeures de leurs valeurs d’actifs, sur les centrales à charbon et à gaz.

Aller vers la transition énergétique

Est-ce vraiment le moment de relancer l’exploration d’hydrocarbures en France ? Dans le droit fil de l’accord de Paris, tout pousse au contraire à investir massivement dans la transition énergétique que nos territoires, notamment ultramarins, ont déjà largement intégrée.

La transition énergétique peut réduire le déficit commercial non pas en produisant toujours plus de pétrole, mais en veillant à en consommer moins.

Certains groupes du secteur pétrolier ont d’ailleurs compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer à développer et exporter leur savoir-faire en matière de transition énergétique. Total a, coup sur coup, acquis SunPower, dans les panneaux solaires, en 2011, puis Saft, dans les batteries, et Lampiris, dans la distribution d’électricité verte, en 2016.

Des sociétés du secteur pétrolier moins connues du grand public comme Doris Engineering, qui a créé sa branche dédiée aux énergies renouvelables cette année, ou SBM Offshore, qui se diversifie dans l’éolien en mer flottant, ont également amorcé des virages similaires.

Outre la faible opportunité que représenterait la production d’hydrocarbures en France, tout un symbole est en jeu. Alors que Paris incarne un vrai leadership sur le climat, se lancer dans le même temps dans la production d’hydrocarbures priverait la France de tout argument pour convaincre ses partenaires de mettre en œuvre l’ère post-pétrole.

La mesure préconisée par le plan climat de Nicolas Hulot fait décidément sens. L’urgence consiste à la défendre, et non à la combattre.

Stéphane His, expert changement climatique.

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