Tribune de Stéphane His parue dans Le Nouvel Obs

Les Républicains, les nouveaux tartuffes de l’écologie ?

Tribune parue dans Le Nouvel Obs le 4 juillet 2025. Lire l’article sur le site du média.

Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau plaide pour stopper les subventions publiques pour l’éolien et le photovoltaïque. Un non-sens énergétique mais aussi économique, selon Stéphane His, président de l’association Énergies renouvelables pour tous.

Il fut un temps, pas si lointain, où le parti Les Républicains se réclamait de la rigueur budgétaire, du bon usage de l’argent public, de la rationalité économique. Ce temps semble révolu. Dans une tribune publiée le 2 juillet, intitulée « Rebâtir un parc nucléaire et stopper le financement des renouvelables, notre plan pour l’énergie », Les Républicains opèrent une mue aussi brutale qu’inquiétante, celle d’un ralliement idéologique à la doxa énergétique de l’extrême droite.

Car c’est bien cela que nous vivons, la fusion des obsessions climatosceptiques et nucléaristes du Rassemblement national avec la ligne officielle d’un parti qui fut jadis gaulliste. Comme le Parti républicain américain a été englouti par la vague Tea Party, le parti Les Républicains français est aujourd’hui à deux doigts de se dissoudre dans le populisme énergétique. À force de courir derrière les discours simplistes et anxiogènes, il ne reste plus grand-chose du camp de la raison et de la responsabilité.

Les idéologues ont changé de camp

Dans ce renversement, les idéologues ont changé de camp. Ce ne sont plus les écologistes que l’on peut accuser de dogmatisme, mais bien les promoteurs d’un nucléaire qui ne peut aujourd’hui exister sans une triple perfusion d’argent public. Loin des fantasmes d’un marché libre et concurrentiel, c’est bien l’État, c’est-à-dire les Français, qui paiera, trois fois plutôt qu’une, l’électricité de demain.

Une première fois via la facture classique du kilowattheure. Une seconde fois via le prix du mégawattheure nucléaire prévu dans les contrats de soutien, qui se situe à 100 euros par mégawattheure, bien au-dessus du prix cible souhaité par les industriels pour rester compétitifs, autour de 50 à 60 euros par mégawattheure, qu’il faudra bien compenser. Une troisième fois via l’endettement public, puisque les investissements nécessaires à la relance de la filière nucléaire, 100 milliards d’euros rien que pour les six premiers EPR2, seront financés par un prêt bonifié à un taux de 3 % contre 7 % qui est le taux retenu classiquement pour EDF, et un prêt à taux zéro pendant la phase de construction.

Au total, il s’agit de plusieurs dizaines de milliards d’euros à débourser qui viennent compenser le risque technologique et de non-achèvement, très élevés pour le nucléaire. Autrement dit, il s’agit d’un financement qui passe par une mobilisation directe de la dette publique, en contradiction totale avec les discours des Républicains sur la nécessité de désendetter la France.

Des prix plus bas que ceux du nucléaire

Face à cela, que reproche-t-on aux énergies renouvelables ? D’être subventionnées ? Faut-il rappeler que les prix du solaire et de l’éolien sont bien plus bas que ceux du nucléaire, autour de 80 euros par mégawattheure pour l’éolien terrestre ou le solaire et même 45 euros par mégawattheure pour l’éolien en mer.

Faut-il rappeler que les énergies renouvelables largement plébiscitées dans le monde, elles représentent plus de 80 % des investissements, sont les seules à pouvoir être déployées rapidement, sans recours systématique à la dette publique, et avec un ancrage territorial fort, facteur d’emplois et de résilience industrielle. Les Républicains nous parlent d’une menace de black-out en lien avec le déploiement des énergies renouvelables, en référence à l’événement récent en Espagne pour lequel les énergies renouvelables ont expressément été dédouanées de leur responsabilité.

Les Républicains reprochent aux énergies renouvelables de participer à l’effort de décarbonation européen via l’export d’électricité renouvelable. Mais heureusement que ces lignes d’échanges étaient bien présentes en 2022 quand la moitié du parc électronucléaire français était à l’arrêt et nous ont permis de passer l’hiver sans heurts.

Un pari dangereux

Non, le problème n’est pas économique. Il est politique et idéologique. Les Républicains se trompent de cible. En prétendant vouloir stopper le financement des renouvelables, ils tirent une balle dans le pied de l’économie française, fragilisent la transition énergétique européenne et laissent croire qu’un retour au tout-nucléaire est possible. Ce retour est non seulement illusoire, aucun nouveau réacteur ne pourra entrer en service avant 2038, mais dangereux, il parie tout sur une technologie lourde, centralisée, vulnérable au changement climatique, sans résoudre la question des déchets et qui nous expose largement aux risques géopolitiques russes.

Alors, qui sont les véritables idéologues ? Ceux qui plaident pour un mix électrique diversifié, fondé sur la complémentarité entre sobriété, efficacité, renouvelables, flexibilité et stockage, grâce auquel le sempiternel débat sur l’intermittence sera bientôt dépassé ? Ou ceux qui s’entêtent à imposer un schéma technocratique du passé, ruineux et lent, en brandissant l’étendard du nucléaire comme un fétiche identitaire ?

Les Français qui paieront demain les choix faits aujourd’hui auront raison de demander des comptes à ceux qui, au nom d’une prétendue lucidité, auront organisé la grande mystification énergétique du XXIe siècle.

Stéphane His, président de l’association Énergies renouvelables pour tous.

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