Tribune parue dans Le Marin, groupe Ouest-France, le 29 janvier 2026. Lire l’article sur le site du média.
Six personnalités politiques, associatives et économiques, principalement bretonnes, signent une tribune rappelant l’importance du développement de l’éolien en mer pour faire face à l’urgence climatique et à l’électrification des usages, en soulignant que même si cette activité industrielle n’est pas sans impact, elle est réversible et adaptable.
À Hambourg, le 26 janvier, neuf pays de la mer du Nord se sont engagés sur l’éolien en mer pour déployer 15 gigawatts par an entre 2031 et 2040, générer 91 000 emplois et 1 000 milliards d’euros d’activité économique. Dans le même temps, une fronde s’organise notamment en Bretagne pour exprimer une opposition à certains projets éoliens en mer, perçus comme une industrialisation imposée du paysage maritime.
Sous couvert de défense de l’environnement, certains dénoncent une dénaturation de nos côtes et un sacrifice au nom d’intérêts lointains. Cette inquiétude, qui mérite d’être entendue, traduit un attachement sincère au littoral et à son identité considérée comme immuable. Mais elle appelle aussi une question essentielle, de quelle protection de l’environnement parlons-nous réellement, et face à quelle urgence collective ?
Une compatibilité écologique désormais documentée
Aucun aménagement industriel n’est neutre. Le reconnaître est une condition du débat honnête. Mais l’honnêteté impose aussi de rappeler que les localisations retenues pour l’éolien en mer au large des côtes bretonnes évitent pour l’instant les zones Natura 2000 précisément pour limiter les impacts écologiques et les conflits d’usages.
Surtout, le retour d’expérience des parcs déjà en service en Europe et en France est aujourd’hui très documenté. Il montre une compatibilité réelle avec les écosystèmes marins et très majoritairement des effets positifs via des phénomènes de récifs artificiels ou de limitation de certaines pressions humaines.
Le véritable danger pour la biodiversité marine ne vient pas des éoliennes. Il vient du dérèglement climatique et des pressions venant de la terre, réchauffement des eaux, acidification des océans, diminution des ressources halieutiques, modifications des écosystèmes. Refuser des solutions de décarbonation au nom de l’environnement, c’est ignorer une des principales menaces qui pèse aujourd’hui sur lui.
Ni bétonisation du littoral, ni renoncement
L’éolien en mer est souvent présenté comme une atteinte irréversible à nos côtes. Là encore, la réalité technique mérite d’être rappelée. Contrairement à une infrastructure routière ou immobilière, l’éolien en mer est une activité réversible. Les parcs sont conçus pour une durée de vie d’environ trente ans. À l’issue de cette période, les installations peuvent être démantelées, comme cela se pratique déjà ailleurs en Europe.
Il ne s’agit pas de bétonner le domaine public maritime, mais d’un partage temporaire du paysage, au service d’un objectif collectif. La transition énergétique repose sur des choix progressifs, adaptables et réversibles, et non sur des décisions irrévocables imposées aux territoires.
L’électrification, un chemin critique assumé par la programmation pluriannuelle de l’énergie
La question énergétique n’est plus théorique. L’électrification de nos usages, chauffage, mobilité, industrie, est le chemin critique de la décarbonation, un constat désormais partagé au plus haut niveau de l’État. Et rappelons qu’en 2024, la Bretagne ne produit que 31 % de l’électricité qu’elle consomme.
Comme l’a rappelé récemment Roland Lescure, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie en gestation vise avant tout à garantir une électricité décarbonée, compétitive et souveraine, capable d’accompagner l’essor des pompes à chaleur, des véhicules électriques et la réindustrialisation. Cela suppose de développer simultanément plusieurs piliers de production, sans opposer artificiellement les filières entre elles.
À l’horizon 2035, ce sont plusieurs millions de nouveaux usages électriques qu’il faudra alimenter si nous voulons substituer les énergies fossiles importées que nous consommons. Dans cette vision, l’éolien en mer est un outil industriel indispensable pour sécuriser le système électrique à long terme, disponible rapidement et plus compétitif que d’autres sources d’énergie.
La Bretagne doit prendre sa part
L’éolien en mer, ce sont aussi des emplois, des ports et des compétences. C’est aussi un approfondissement rapide et pertinent de la connaissance sur les écosystèmes marins. Des métiers de marins, d’ouvriers, de techniciens, d’ingénieurs. Une filière industrielle qui s’ancre dans les territoires et redonne un horizon à des bassins portuaires en mutation. Là encore, les orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie sont claires, la transition énergétique doit être aussi une stratégie industrielle.
La Bretagne, par sa géographie, son vent et son savoir-faire maritime, a une place naturelle dans cette ambition nationale. Refuser ces projets, ce n’est pas préserver la Bretagne, au contraire, c’est la marginaliser dans un mouvement industriel et énergétique européen qui, lui, ne s’arrêtera pas.
Choisir le regard de la responsabilité
Face à l’horizon, deux regards sont possibles. On peut voir dans les éoliennes un affront supplémentaire à un littoral déjà fragilisé par l’érosion et la submersion, la bétonisation, les pollutions et le changement climatique. Ou l’on peut choisir d’y voir un signal d’espoir, imparfait mais nécessaire.
Chaque pale qui tourne est un pas de plus vers notre émancipation du pétrole. Une contribution concrète aux objectifs climatiques que la France s’est elle-même fixés. Un choix de responsabilité collective. Pour nos enfants, pour notre climat et pour la Bretagne, le véritable risque environnemental est de ne rien faire.
Stéphane His, président de l’association Énergies renouvelables pour tous. Jimmy Pahun, député de la seconde circonscription du Morbihan. Damien Girard, député de la cinquième circonscription du Morbihan. Denez L’Hostis, coprésident de France Nature Environnement Bretagne. Stéphane Alain Riou, ancien directeur offshore Iberdrola France et ancien directeur adjoint du Pôle mer Bretagne Atlantique. Paul Molac, député de la quatrième circonscription du Morbihan.
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